L’Exposition « Corps noyés en chemise »

 

On sait depuis toujours que la création artistique s’accompagne d’une part de mystère, que personne n’a vraiment pu définir. André Malraux appelait cela un phénomène de contagion entre l’artiste et son public.

Emotions, pulsions, hasards…

 

Cette exposition est née d’une conjugaison, improbable au départ, entre le vêtement traditionnel breton et le célèbre bourg de Locronan. Pas évident, et pourtant…

 

Tentative d’explication.

Le plasticien Jean-Noël Duchemin savait que la toile de lin était un excellent support pour y appliquer sa peinture ; aussi, n’a-t-il pas hésité lorsqu’il a pu acquérir une collection de vêtements populaires (des chemises, toutes simples) qui pourraient un jour lui servir. A quoi ? Mystère. Mais c’était déjà un point de départ : le textile.

 

Bien naturellement, le textile fait penser au vêtement,et le vêtement au costume. Or, c’est connu,le costume breton se prête à de somptueuses variantes toutes plus imaginatives les unes que les autres. La source est riche, foisonnante, diversifiée à l’extrême. Le rapprochement entre le lin et le costume parut bien adapté à une intention encore floue. Il fallait aller plus loin. Restait à imaginer l’usage physique du textile et explorer la documentation sur le costume : motifs, formes, couleurs, etc.

L’idée prit du corps.

 

En si bon chemin notre homme ne s’est pas arrêté là. Possédant alors le support, (la chemise de lin), le sujet (le costume), il a mûri le propos en imaginant un voyage à travers la vieille Cornouaille comme le firent, naguère, Flaubert et Du Camp. Une longue balade, de terroir en terroir, de pays en pays, recueillant pour chacun les techniques et les attributs, traditionnels. Ainsi, peu à peu l’idée s’imposa de créer une œuvre globale, dupliquée, mais cohérente, mi-sculpture, mi-peinture, éclairant les multiples styles du costume breton.

 

Dès lors, l’artiste se mit au travail avec sa force d’expression habituelle.

 

Le résultat est assez impressionnant, jouant d’une part sur la forme plastique du support et, d’autre part sur les coloris et les symboles intégrés à la parure traditionnelle. Audacieux, certes, mais réussi.

Le travail a consisté en une interprétation, sans cesse renouvelée d’un sujet rémanent. Chaque scène (il y en a une douzaine) représente un couple dans une attitude de tendresse, légèrement différente de l’une à l’autre, mais présentée de telle sorte que le costume apparaisse dans toute son originalité. Diversité et cohérence.

Fortuitement, un élu de Locronan, Erwan Pianneza, visite l’atelier-cachalot de Jean-Noël à Beuzec-Cap-Sizun. Coup de foudre immédiat. La démarche, le traité, l’originalité du support, l’enthousiasment. Le thème des travaux de Jean-Noël Duchemin vient compléter et enrichir la thématique du musée de Locronan, le tissage dans toutes ses expressions autant historiques que contemporaines. Sans attendre, il propose au plasticien de monter une expo dans la célèbre cité médiévale.

 

    C’est là que le choix de Locronan, fleuron du patrimoine breton, intervient, parachevant l’idée d’origine. Car la petite cité médiévale est aussi la capitale du lin, du chanvre et des techniques associées ; la complémentarité apparaît immédiatement évidente, la boucle est bouclée. Les autorités locales ont saisi l’intérêt de la démarche, qu’ils ont encouragée et qui débouche aujourd’hui sur l’exposition « Corps noyés en chemise » ; titre qui se paye au passage le clin d’œil d’un jeu de mots plutôt réussi.

En somme, une sorte de continuité entre l’art populaire d’hier et son interprétation d’aujourd’hui. Comme une fidélité nécessaire…

Maurice DURON